dimanche 15 février 2009

Retour sur l’actualité : la réélection de Me Abdoulaye Wade au Sénégal

(Article publié en mars 2007)


Le 25 février 2007, près de 5 millions de Sénégalais en âge de voter (du territoire national et de la diaspora) se sont rendus aux urnes pour élire leur président et, ont reconduit haut la main le président sortant, Me Abdoulaye Wade, pour un second mandat de 5 ans (au lieu de 7). Malgré la corruption, le chômage et une certaine dérive autoritaire du pouvoir, les électeurs ont décidé de poursuivre sur la voie du « Sopi », le changement, enclenchée en 2000. .
Ces électeurs, qui ont voté en masse (le taux de participation s’élève à plus de 70%) ont tout simplement plébiscité leur champion : 55,86% des voix pour Wade, 14,93% pour son ancien Premier ministre Idrissa Seck, passé depuis dans l’opposition après quelques lustres passées en prison pour une sombre histoire de détournement d’argent, et 13,57% pour Ousmane Tanor Dieng, le candidat du parti socialiste ; le plus mauvais score de l’histoire du PS, le parti de Léopold Sédar Senghor et d’Abdou Diouf, aux manettes de 1960 à 2000.
Cette victoire de Wade a surpris plus d’un. Jamais au Sénégal, une élection présidentielle n’a entretenu durant toute la campagne un si lourd suspens. Sur Internet, dans les radios, dans les discussions privées, les sondeurs s’accordaient au moins sur une évidence : un second tour est incontournable, inévitable, aucun candidat n’est susceptible de l’emporter au premier. C’était sans compter avec la « magie » de «Njomboor » (lièvre en wolof, surnom que Senghor, lui-même, donnait à Wade). Me Wade, cet homme dont le premier président du Sénégal a très tôt reconnu sa capacité à manœuvrer, à ruser. En plus des études qu’il a faites et qui lui vaut d’être considéré comme l’un des présidents les plus diplômés du monde, Me Wade a gardé son esprit d’homme de la rue. Il est très différent du francophone et académicien raffiné Léopold Sédar Senghor. Il est très loin du technocrate pondéré Abdou Diouf. Wade est un gladiateur diplômé. Il a été au sein d’une coalition, qui a fait tomber Abdou Diouf. Il est enfin comme ce vieillard, ce grand père qui a accumulé une somme d’expériences colossale.

En fin tacticien, Wade humilie son opposition…

La dégradation des conditions de vie des sénégalais depuis l’avènement de l’alternance donnait l’impression que le peuple allait sanctionner les libéraux en évinçant Wade de son fauteuil tant convoité de président de la république. L’impression était d’autant plus grande au regard des foules qui se massaient derrière les candidats de l’opposition durant la campagne.
Dopés par l’euphorie de la campagne électorale, les adversaires d’Abdoulaye Wade, «quasiment aphones» pendant sept ans et inconnus des populations du Sénégal profond comme celles des villages de Nimzath, Missira, Badiandiang, Boucarcounda, Dacabanta, Djibanar, pour ne citer qu’eux (au point d’être qualifiés « d’opposition de salon » par le pape du sopi), avaient cru s’être refaits une santé à la rencontre du «pays réel». Ils espéraient capitaliser sur les frustrations d’une population qui lutte au quotidien contre les coupures d’électricité et l’augmentation des prix du gaz et du carburant. Ces adversaires voulaient profiter de la controverse sur les accords de rapatriement signés avec l’Espagne, pour tenter d’endiguer l’émigration clandestine. Ils comptaient récupérer les déçus de l’ère Wade, les pêcheurs qui n’ont plus de poisson, les paysans abandonnés à leur sort avec la privatisation du secteur arachidier , privatisation qui a précarisé les conditions de vie des agriculteurs. Il faudrait aussi y ajouter des scandales auxquels le peuple sénégalais n’était pas habitué. Les scandales financiers ont montré les limites de la gouvernance de WADE. Les sénégalais auraient pu se passer des problèmes liés à la rénovation de l’avion présidentiel. La violence politique a fait son apparition avec le régime de WADE, eu égard à l’agression physique dont l’opposant Talla Sylla a fait l’objet. La grâce accordée aux ignobles assassins du juge Constitutionnel Me Sèye et le vote de la loi «Ezzan» (texte offrant l’impunité à tous les crimes politiques commis entre 1993 et 2004 en relation avec les élections) ont choqué l’opinion publique. Toutes ces raisons et la participation de tous les poids lourds de la scène politique sénégalaise à la compétition rendaient la réélection de Me Wade dès le premier round impensable.
Mais, c’était sans compter sur le pouvoir de séduction du président sortant qui, avec des moyens financiers considérables, a sillonné le pays, à la conquête de chaque voix, n’hésitant pas à jouer des solidarités confessionnelles (il a réalisé l'un de ses meilleurs scores, 84%, à Mbacké, département qui comprend la ville de Touba, capitale des Mourides, une confrérie religieuse particulièrement courtisée par Abdoulaye Wade). «Le meilleur reste à venir», proclamaient les affiches électorales. Tous ces bons résultats dans ces villes religieuses trouvent leur explication dans le fait que Wade s’est toujours comporté comme « talibé », oubliant parfois qu’il est la première personnalité de l’Etat qui, doit se soucier des préoccupations de tous les sénégalais. Une stratégie qui a été payante pour « Gorgui » puisqu’il a enregistré des scores à la soviétique dans ces localités mourides. Avec tout leur poids au Sénégal, ces mourides garantissaient, à coup sûr, au « vieux » la victoire. Dans les autres régions, Wade, critiqué d’avoir concentré tous ses grands travaux sur Dakar, s’adonnait à son sport favori : émettre des promesses, encore des promesses et toujours des promesses même les plus incroyables. De meeting en meeting, Abdoulaye Wade a continué à promettre monts et merveilles : une centrale atomique en Casamance, des biocarburants pour réduire la dépendance pétrolière, un nouvel aéroport, une nouvelle capitale…même si, faut-il le rappeler, certaines de ses promesses figuraient déjà dans son programme de 2000 comme, entre autres, la promesse de règlement du conflit casamançais en 100 jours et celle de création d’emplois pour ceux qui n’en ont pas. Pour l’opposition, l'arrivée sur les plages des Canaries de Sénégalais épuisés par leur dangereux périple prouve que Wade n'a pas su créer des emplois et faire baisser la pauvreté tant dans les villes qu'en brousse. Le peuple n’a pas tenu compte de ces difficultés et promesses non tenues en décidant de donner une nouvelle et dernière chance au chauve le plus célèbre du Sénégal. Est-ce pour lui permettre de finir les différents chantiers qu’il a entamés (un des arguments de campagne de Wade)?

….et, se pose déjà la question de sa succession

La large victoire d’Abdoulaye Wade ouvre la voie à une recomposition profonde du paysage politique sénégalais. Les élections législatives, deux fois reportées, doivent avoir lieu le 3 juin prochain et, on saura si ce raz-de-marée se confirme. Mais personne ne peut dire actuellement si Wade en profitera pour enfin se pencher sur les problèmes quotidiens des Sénégalais. Pour confirmer le résultat du 25 février, le Parti démocratique sénégalais devra faire taire ses multiples rivalités internes. La concurrence est d’autant plus rude au sein du parti au pouvoir que la succession du président est désormais ouverte. Lors de son dernier meeting de campagne à Dakar, le 23 février, Abdoulaye Wade, 81 ans, s’était curieusement fixé comme horizon l’année 2009, le temps pour lui de terminer ses nombreux chantiers. Et dès le lendemain de la proclamation des résultats, il a lui même évoqué l’avenir. «Je n’ai plus le temps, le choix se restreint, mais je n’ai pas encore choisi (mon successeur)» a-t-il déclaré, en excluant d’emblée son ancien protégé, Idrissa Seck . «J’ai rompu définitivement avec lui», a-t-il tranché. De nombreux observateurs de la vie politique sénégalaise se penchaient alors sur Karim Wade, mais la réponse du Président de la République a été nette concernant le cas de son fils : «Il est très toubab ; il n’est pas bien imprégné de la culture Sénégalaise, il ne parle pas bien wolof et il ne cerne pas tous les rouages de l’administration ».
Si Seck et Karim sont dors et déjà mis hors jeu par Wade dans la course à sa succession (il ne faut jamais jurer de rien avec Wade), sur qui comptera-t-il ? Ce ne sont pas les prétendants qui manquent : Macky Sall, Aminata Tall, Ousmane Ngom, Iba Der Thiam, Djibo Leyti Kâ, Cheikh Tidiane Gadio, Moustapha Sourang, Abdoulaye Baldé….la liste est longue (et pourquoi pas Sindiély ?).
Le second mandat de l’inventeur de la formule « (Pt - 29) Qt = St » s’ouvre donc sur les incertitudes de la succession. Et avec une volonté de museler une opposition déjà bien mal en point. Abdoulaye Wade, lors de son premier discours après sa réélection, a menacé de rouvrir des dossiers judiciaires qu’il affirme détenir contre Idrissa Seck, Ousmane Tanor Dieng, Amath Dansokho, Habib Thiam et Moustapha Niasse. Est-ce là un moyen pour lui de baliser la route pour son successeur (celui qui défendra les couleurs de son parti aux prochaines joutes électorales) ?

LE CORPS ELECTORAL

Inscrits : 4.917.157
Votants : 3.467.522
Suffrages valables : 3.419.751
Bulletins nuls : 4.771

LES RESULTATS
Candidats
Voix
Pourcentages

1
Abdoulaye Wade (PDS)
1.910.368
55,86 %
2
Idrissa Seck (Rewmi)
510.610
14,93 %
3
Ousmane Tanor Dieng (PS)
463.967
13,56 %
4
Moustapha Niasse (AFP)
202.865
5,93 %
5
Robert Sagna (dissident PS)
88.390
2,58 %
6
Abdoulaye Bathily (LD/MPT)
75.759
2,21 %
7
Landing Savané (AJ/PADS)
70.666
2,06 %
8
Talla Sylla (Jëf-Jël)
18.014
0,52 %
9
Cheikh Bamba Dièye (FSD/BJ)
17.233
0,50 %
10
Mamadou Lamine Diallo (indépendant)
16.551
0,48 %
11
Mame Adama Guèye (indépendant)
13.669
0,39 %
12
Doudou Ndoye (UPR)
9.929
0,29 %
13
El Hadj Alioune "Petit" Mbaye (indépendant)
9.024
0,26 %
14
Louis Jacques Senghor (MLPS)
8.208
0,24 %
15
Modou Dia (indépendant)
4.488
0,13 %

Carte électorale 2007

Notez que le pape du «sopi» («changement» en wolof) s’est offert la majorité absolue dans 29 des 35 départements sénégalais. Il est en tête, mais sous la barre des 50%, dans 4 départements (Kaolack, Kaffrine, Tivaouane, Mbour). Seuls deux départements résistent à cette déferlante. A Thiès, le maire de la ville, Idrissa Seck, l’emporte avec 55% des voix. A Nioro, Moustapha Niasse, né dans le département, arrive premier d’une courte tête (36%), avec seulement 180 voix d’avance sur le président sortant. Hors du Sénégal, il arrive en tête partout sauf au Québec où il est à égalité avec Niasse.



Quels enseignements tirer de ces élections?

Nous constatons qu’il y a un fort taux de participation à ces élections, ce qui atteste de la prise de conscience et de la maturité des sénégalais quant à l’utilité du vote et du choix de leurs dirigeants. L’un des principaux enseignements de ce scrutin, c’est la nécessité pour l’opposition de s’unir autour d’un front unique pour pouvoir se présenter en véritable alternative face au pouvoir de Wade. Un autre enseignement procède du fait que l’opposition classique n’a pas véritablement joué son rôle au cours du septennat et s’est détachée des préoccupations des populations, même s’il est vrai qu’il y a un sérieux problème quant au fichier électoral. L’opposition doit se remettre en question et envisager un renouvellement de ses instances pour permettre une alternance générale devant favoriser l’émergence de jeunes talents.


Comment expliquer cette surprenante victoire de WADE dès le 1er tour? L’incapacité de l'opposition à s'unir autour d'un seul candidat

La victoire surprenante de Wade s’explique d’abord par la vague de fraudes à grande échelle et bien organisée par le régime en place qui a eu un traitement de faveur, contrairement aux autres candidats. Donc le principe de l’égalité de traitement des candidats n’a pas été respecté et l’impartialité du Ministre de l’Intérieur, organisateur des élections, a été déterminante dans cette mascarade électorale. La manipulation du fichier électoral, la rétention volontaire de cartes d’électeurs dans les fiefs de l’opposition, le prolongement des opérations de vote dans les zones acquises au candidat au pouvoir, les fraudes et les entorses au processus électoral (refus d’afficher la liste des électeurs 15 jours avant le jour du vote, comme le stipule la loi électorale…) sont autant d’éléments qui expliquent la mascarade électorale du 25 février 2007 où la réalité de la volonté populaire, confrontée toujours à une lourde demande sociale, ne s’est pas réellement exprimée. Il est vrai aussi qu’une candidature unique de l’opposition aurait limité les dégâts si l’on sait que 45% des votants ont choisi le camp de l’opposition face aux 55% de Wade.

L'après-élections et la question de la succession de WADE qui alimente déjà le débat; la sortie maladroite de WADE après sa réélection,............

La sortie maladroite de Wade ne fait qu’attester que le Sénégal va perdre encore des années avec le régime despotique de Wade qui a fini de basculer le pays dans l’autocratie. La succession de Wade, comme de tout homme ayant des responsabilités étatiques, doit se poser en ce sens que la fonction de Président de la République est une Institution à incarnation humaine variable. Wade peut toujours penser manœuvrer pour désigner son remplaçant, mais l’accès aux responsabilités en politique ne procédant que du nombre de suffrages dont on dispose, il appartient au Peuple sénégalais, légitime et souverain, de se choisir son quatrième président de la république.

Propositions :

- Travailler à consolider les bases d’une opposition unifiée pour faire face aux dérives totalitaires de WADE
- Refuser toute compromission politicienne avec Wade dans le cadre du dialogue Opposition/Pouvoir
- Repenser le mode de fonctionnement des partis politiques et y développement la démocratie interne et permettre aux jeunes d’émerger
- Etre à l’écoute permanente des populations sénégalaises et dépasser le concept d’opposition de communiqués et de points de presse
- Mettre en place un « Agenda 2012 » pour un véritable projet commun de gouvernement en vue des élections de 2012.

Posté par Abdouwallou à 21:48 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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